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  • Héctor García

Le cimetière des données

Qui es-tu? Je suis la donnée d’une grande entreprise



  • Bonjour, ça va ?

  • Excuse-moi, qui es-tu ?

  • Je suis une donnée d’une grande entreprise.

  • Ah bon ?

  • Oui, c’est dur, je sais.

  • Et ça se passe bien ?

  • Sincèrement, bof. On me déplace, on parle de moi, certains m’achètent même des vêtements chers, des plats raffinés, des voitures de luxe, des bijoux... Mais on ne fait presque rien d’utile avec moi.

  • Oh ! Quelle histoire ! Et c’est le cas pour vous toutes ?

  • Pas forcément, certaines se trouvent dans un lieu encore pire. Je n’ose même pas le prononcer.

  • Allez, dis-le moi.

  • Pff, beaucoup se trouvent dans le Cimetière des données.

  • Mince, ça donne des frissons !

  • Oui, c’est un lieu terrible. C’est le néant.

  • Et on vous rend visite là-bas ?

  • Parfois, mais de moins en moins. Avant, il y avait « Fer et Plastique », mais apparemment, il est à la mode. Tout particulièrement pour ce que l’on appelle les projets pilote, c’est-à-dire des gens qui font des tests pendant des années et des années parce qu’ils n’y connaissent pas grand-chose.

  • Maintenant que tu me le dis, j’ai vu « Fer et Plastique » l’autre jour, plus en forme que jamais. Je crois qu’il est allé en Turquie.

  • Sûrement. Quelle chevelure !

  • Il y a quelque chose que je ne comprends pas. On dit que grâce à toi, les grandes entreprises savent tout de nous. C’est vrai ?

  • Oui, on le dit, mais ce n’est pas vrai. Ce sera vrai, mais pour le moment, non.

  • Pourquoi ?

  • Parce qu’on me demande mon âge, mon poids, ma taille, ma profession, etc., mais on ne me demande jamais l’essentiel.

  • C’est quoi l’essentiel ?

  • Comprendre que je ne suis rien si l’on ne me met pas en rapport avec d’autres données qui diffèrent de moi. On doit me poser des questions sur la façon dont j’ai changé, dont j’ai évolué, me comparer dans le temps et l’espace.

  • Et que pensent les gens ?

  • On pense à l’intérieur ou à l’extérieur de la boîte, mais la clé est de le faire sans préjugés. Je ne suis rien, mais je peux tout être.

  • Ouah ! Ça a l’air complexe.

  • Tout à fait, il n’y a pas assez de gens qui savent faire ça. On veut me tuer tous les jours. J’ai peur, je suis jeune et je refuse d’aller au cimetière des données. Mes cousins binaires y sont déjà.

  • Mais dis-moi, les grandes entreprises ne savent pas encore tout de toi ? J’ai du mal à y croire.

  • Imagine, les entreprises les plus développées du monde te proposent des recommandations d’achats, des publicités, de la musique, des produits, mais souvent, elles se trompent ou disent quelque chose d’évident ou de trop général. Et il s’agit d’entreprises de pointe. Imagine les autres.

  • Je crois que tu m’as convaincu.

  • C’est vraiment comme ça. J’en ai la preuve tous les jours.

  • Bon, il est tard, je dois y aller.

  • Eh ! Ne t’en va pas avant de m’avoir dit qui tu es !

  • Eh bien je suis désolé de devoir te le dire comme ça. J’ai les mêmes problèmes que toi mais puissance mille.

  • Mais qui es-tu ?

  • Je suis ton père. Je suis Big Data.


Dans les 15 dernières années, j’ai eu la chance de travailler avec des millions de données d’entreprises multinationales, notamment dans le secteur de la technologie, les télécommunications, le pétrole et l’énergie, les biens de consommation, l’industrie aérospatiale, le transport, les services financiers, l’automobile, etc. Et sauf de très honorables exceptions, il reste beaucoup à faire.


Dans cette explosion d’informations, nous savons que des millions de données sont créées chaque seconde, et que nous avons des capteurs en tout genre : plus de 25 000 personnes du monde entier se sont déjà fait implanter sous la peau de la main une puce à technologie NFC ou RFID, afin de payer les transports, d’ouvrir des serrures électroniques, d’allumer des appareils et de téléphoner à un numéro précis. Tout le monde a besoin d’ordre, un ordre qui permette de poser les bonnes questions aux données afin que celles-ci nous fassent progresser et améliorent la qualité de vie des gens. Pour ce faire, nous avons besoin de spécialistes, de gens qui maîtrisent parfaitement des matières spécifiques, de personnes ayant une spécialisation thématique et humaine. Les philosophes, les avocats, les écologistes, les géographes, les architectes, les philologues, les physiciens, les mathématiciens, les historiens et les sociologues sont ceux qui doivent aider les machines pour que l’on vive mieux et plus longtemps.


Nous sommes au début d’une nouvelle ère et la technologie ne doit pas masquer la connaissance thématique. La solution est de combiner les deux forces. Il faut allier la technologie et la thématique. Nous allons vivre dans des mondes hybrides, acceptons le chaos, acceptons l’ordre, continuons !





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